Société Archéologique et Historique de Nantes et de Loire-Atlantique

Les documents et éditoriaux de la Société

La Société archéologique et historique propose documents et éditoriaux sur des sujets d'actualité ou de recherche

 

« La beauté n’est que la promesse du bonheur »

(septembre 2021)

La reprise très attendue des activités de la Société se profile à l’horizon. La conjoncture n’aura pas empêché le suivi de la gestion administrative et financière par le bureau, elle n’aura pas entamé la volonté de publier un Bulletin annuel de grande qualité, elle aura permis de développer les rubriques de notre site internet… Néanmoins nous serons tous heureux de pouvoir reprendre bientôt le fil de nos rencontres et de nos échanges. A plusieurs reprises, je me suis adressée aux sociétaires par voie électronique, pendant le « confinement », mais ce bulletin de liaison marque bien le moment de nous retrouver, d’accueillir de nouveaux administrateurs et de remercier les membres du bureau qui ont décidé de passer le relai.

La présentation publique du Bulletin 2021, le 30 septembre, sera précédée de l’assemblée générale. A nouveau, le Département de Loire-Atlantique nous permettra de nous réunir au sein des Archives départementales et je l’en remercie, comme je remercie le service des Archives pour son accueil. Outre les bilans moral et financier, il sera procédé au renouvellement d’une partie du conseil d’administration, avec, notamment, quatre nouvelles candidatures : Diane Bouteiller, architecte et élève à l’Ecole de Chaillot ; Véronique Mathot, vice-présidente des Historiens du pays de Retz ; Ronan Pérennès, enseignant et historien du pays de Châteaubriant ; Pol Vendeville, historien et consultant.

Dans les mois qui suivront cette assemblée générale, je réunirai le conseil d’administration pour procéder au renouvellement du bureau. M’étant exprimée sur l’avenir de la Société dans l’avant-propos du Bulletin 2021, je n’y reviendrai pas dans ces lignes. J’ai eu beaucoup de plaisir à être la vice-présidente de la SAHNLA en 2015 et 2016, puis à présider la Société à partir de 2017 et à en diriger la revue annuelle. Souhaitant notamment respecter les statuts de la Société, je ne briguerai pas un troisième mandat à la suite des deux précédents. La journée européenne du patrimoine (19 septembre 2021) permettra à ceux qui le souhaitent de découvrir la basilique Saint-Donatien entièrement restaurée, ainsi que l’église Notre-Dame de Bon-Port… et de lire, ou de relire les publications de nos sociétaires qui leur sont consacrées.

Souvent en lien avec l’actualité, les conférences proposées par la Société reprendront à partir du mois d’octobre et sont fixées jusqu’au mois de janvier 2022. Le programme est désormais établi par semestre, en accord avec les Archives départementales. Enfin, cet automne (2-6 novembre 2021) se tiendra à Rennes le congrès « du centenaire », celui de la SHAB, avec des conférences, visites et tables-rondes. Le thème du congrès portera sur l’historiographie de la recherche historique menée par la SHAB depuis 1920. En cette rentrée, et dans le prolongement du Bulletin 2021, je voudrais simplement souligner combien il est important de se nourrir de beauté. À cet égard, il me semble opportun de citer une réflexion du philosophe Alain de Botton à propos d’un aphorisme de Stendhal, cet auteur cher à notre ancien président Alain Chantreau :

« La beauté n’est que la promesse du bonheur. Son aphorisme a le mérite de distinguer notre amour du beau d’une préoccupation esthétique et intellectuelle, et de l’associer plutôt aux qualités dont nous avons besoin pour devenir des êtres humains accomplis et heureux […]. Mais parce que Stendhal n’ignorait pas la complexité de ce qu’il nous faut pour être heureux, il s’est sagement abstenu de spécifier quelque type de beauté que ce fût. »

Bonne rentrée !

Solen Peron-Bienvenu

« Il est trop tard pour être pessimiste »

(22 décembre 2020)

L’année 2020 aura été, à certains égards, une année en demi-teinte : il n’est que de songer à la situation de l’économie culturelle, aux difficultés auxquelles les élèves, les étudiants et leurs enseignants ont été confrontés. Qu'il me soit permis d'avoir également une pensée pour les personnes âgées, malades, isolées, séparées ou encore pour les personnes en situation précaire. Les conférences de la Société auxquelles nous sommes tant attachés, annoncées au début de l'automne, ainsi que les séances du conseil d'administration, quoique très attendues, ont dû être reportées afin de ne faire courir aucun risque aux uns et aux autres. Une année difficile se termine, accrue par l'incendie de la cathédrale de Nantes qui a marqué cœurs et esprits.

Je tiens à adresser un message de solidarité à l'ensemble des sociétaires pour les assurer que, malgré les contraintes de cette parenthèse imposée, la Société poursuit son œuvre et sa mission, celle de présenter publiquement le résultat de recherches récentes et de publier des sources inédites, de transmettre et d'échanger des idées, de tisser du lien, de contribuer à une meilleure connaissance du territoire et, par voie de conséquence, à son appropriation.

Outre la mise à disposition des Tables indexant les articles parus dans les Bulletins annuels de 2010 à 2019, le site internet de la Société a été enrichi par des brèves, des propositions de lecture variées et des ressources en ligne. Les sociétaires y trouvent désormais des informations concernant, entre autres, le déblaiement et la restauration de la cathédrale de Nantes. Chacun doit se sentir concerné par la mise à jour du site internet et les sociétaires sont invités à y contribuer. C'est là l'un des moyens dont nous disposons pour maintenir concrètement un lien entre nous. En attendant que certaines conférences de la Société puissent être mises en ligne, il est loisible d'écouter celles mises à disposition des internautes par le Département, par la Ville et l'Université de Nantes, ou encore par l’Université sur lie.

Depuis six ans, près d'un quart de nouveaux membres a renouvelé la composition de la SAHNLA. La Société a su s'ouvrir et s'adapter à une temporalité qui, depuis plusieurs années, s'impose de la même manière à ses homologues : l'intérêt grandissant pour les questions patrimoniales correspond à une évolution naturelle des sensibilités, alors même que les professionnels apportent leurs compétences dans ce domaine. Il s'agit, en réalité, non seulement d'une démarche inscrite dans une conjoncture générale, mais également d'un retour aux sources, précisément à l'objet initial qui a motivé les fondateurs de la SAHNLA il y a 175 ans.

Dans la mesure où la collecte archéologique, la conservation des collections et la protection des monuments sont des compétences qui relèvent désormais d'autres instances, quel sens le patrimoine revêt-il exactement pour la Société aujourd'hui ? Aux vestiges archéologiques, aux archives, aux objets d'art, aux monuments, il convient d'ajouter l'étude du bâti, ancien ou contemporain – songeons aux ouvrages du XXe siècle –, celle-ci abordée sous des angles très divers (histoire, stylistique, matériaux, techniques constructives, histoire du processus de la fabrication et des transformations urbaines, stratégies entrepreneuriales et architecturales, usages et pratiques, etc.). Plus récemment, l'histoire de l'art a trouvé sa place au sein de notre revue. Non qu'il s'agisse d'une ligne officielle gravée dans le marbre, mais parce que la Société joue pleinement son rôle hic et nunc dans l'apport et la diffusion de connaissances qui répondent à des interrogations d'actualité. De ce point de vue, la dernière décennie a été placée sous le signe de la continuité, non de la rupture. C'est un signe des temps que le redémarrage des contributions universitaires avec la participation de jeunes doctorant[e]s à nos publications, ainsi que l'intérêt marqué des professionnels des métiers du patrimoine qui ont rejoint la SAHNLA.

Pour autant, le Bulletin a toujours été ouvert aux contributions ayant trait à l'histoire événementielle ou biographique, politique, sociale, économique, ou encore à l'histoire des mentalités et des représentations. Et il continuera à l'être, au gré de l'évolution des champs de la recherche : qu'ils soient professionnels, amateurs éclairés, universitaires, jeunes chercheurs ou encore chercheurs confirmés, tous ceux qui le souhaitent sont invités à faire connaître le résultat de leurs investigations ou à partager leur expertise et leur savoir-faire.

Une année en demi-teinte ne signifie pas que rien n'a été mis en place ou qu'aucune perspective ne s'offre à nous. Outre la publication du Bulletin annuel dont la qualité et la cohérence ont été saluées, les affaires courantes ont été assurées et les contacts avec les auteurs maintenus. Une charge de travail nous attend, ainsi que des préoccupations qui impliquent l'avenir de la Société : préparation de l'assemblée générale que nous sommes contraints de reporter de quelques semaines ; élection de nouveaux administrateurs ; renouvellement du bureau ; refonte de la revue ; définition des modalités de collaboration avec le Département dans le cadre de la convention triennale ; avancement du projet du musée Dobrée dont le projet scientifique et culturel concerne directement la Société ; participation au congrès du CTHS, « Collecter, collectionner, conserver », qui devrait se tenir à Nantes au printemps ; engagement envers d'autres sociétés départementales voire nationales – je pense ici à notre alma mater, la Société française d'archéologie.

Les atouts de la Société sont réels. Il faut regarder l'à-venir avec vigilance mais dans la confiance, malgré les événements. La Société, je le crois, doit continuer à s'ouvrir et consolider la reconnaissance scientifique de ses publications, de plus en plus largement reconnue, à l'heure où le Bulletin monumental s'apprête à livrer une recension de la revue annuelle de la SAHNLA pour la troisième année consécutive. En 2017, j'avais eu l'occasion de citer cette phrase stimulante de George Bernard Shaw : « Il y a ceux qui voient les choses telles qu'elles sont et se demandent pourquoi ; et il y a ceux qui imaginent les choses telles qu'elles pourraient être et se disent... pourquoi pas ? ». Eu égard aux contraintes sanitaires vécues cette année et aux défis qui attendent la Société, qu'il me soit permis d'ajouter à cette citation l'aphorisme de Yann Arthus-Bertrand : « Il est trop tard pour être pessimiste. » En attendant la reprise progressive de nos activités quotidiennes, je souhaite à chacune et chacun de vivre de bonnes fêtes de fin d'année.

Solen Peron-Bienvenu

 

 

Viollet-le-Duc, un retour en flèche

(14 juillet 2020)

La cathédrale Notre-Dame de Paris offre, cette fois-ci encore dans l'Histoire nationale, l'occasion de rassembler les Français autour du symbole qu'elle représente : sa célèbre flèche, parfaitement documentée, devrait finalement être restituée. Ainsi la commission nationale du patrimoine et de l'architecture (composée d'élus, d'experts et d'hommes de l'art) a-t-elle rendu récemment un avis en ce sens, rapidement suivi par les plus hautes instances de l’État1. La commission s'est également exprimée en faveur de l'exécution d'une charpente en chêne et d'une couverture en plomb, après des débats ardents commencés dès la soirée fatidique du 15 avril 20192. La question de l'aménagement des abords de la cathédrale, quant à elle, n'est pas encore tranchée et demandera vigilance.

La voix des historiens spécialistes de Viollet-le-Duc et de l'art du XIXe siècle – notamment les 1 188 signataires qui, dans la presse, avaient appelé à la prudence et au sens des responsabilités il y a un peu plus d'un an3 – s'est donc fait entendre en faveur d'une restauration dans l'esprit des articles 9, 11, 12 et 13 de la charte de Venise (1964). Le savoir-faire de ceux qui travaillent en prise directe avec les métiers d'art et de la restauration permettra de mettre en œuvre une décision mesurée qui rend justice à l'expertise des professionnels du patrimoine, en particulier aux architectes en chef des monuments historiques.

D'une hauteur vertigineuse, la flèche gothique de Viollet-le-Duc, mise en place de 1859 à 1860, avait succédé à celle qui, datée de 1220, avait manifesté des signes de faiblesse avant d'être déposée dans le dernier tiers du XVIIIe siècle. Certes, la flèche de Viollet-le-Duc témoigne du regard porté par le XIXe siècle sur l'époque médiévale, mais la démarche de l'architecte alors en pleine force de l'âge, engagé, moderne et rationaliste, ne consistait pas pour autant en une pure création : la flèche fut recréée en puisant à d'abondantes références et avec l'appui des relevés exécutés lors des visites d'experts au XVIIIe siècle4. Rédacteur avec Ferdinand de Guilhermy d'une longue description de la cathédrale parue en 1856, récemment rééditée5, Viollet-le-Duc consacra vingt années de sa vie à étudier Notre-Dame dont la portée dépasse largement sa fonction cultuelle première. Quant à Viollet-le-Duc lui-même, il est aujourd'hui réhabilité après avoir fait l'objet de critiques parfois vives et son œuvre est connue dans les moindres détails6.

Ce Bulletin de liaison parvenant aux sociétaires et à nos partenaires institutionnels en même temps que la livraison 2020 de la revue annuelle de la Société, je ne reprendrai pas les termes de mon avant-propos. Je souhaite souligner simplement que dans sa démarche, dans son optique, dans l'ouverture de ses approches, la Société est aujourd'hui reconnue comme une association ressource pour le patrimoine. Cette impulsion, confortée par des contacts extérieurs très positifs et de nouvelles adhésions, demande à être poursuivie.

Après un printemps éprouvant, nous aurons bientôt l'occasion de renouer avec les activités de notre Société. Le 15 octobre, aux Archives départementales de Loire-Atlantique, Lény Charrier ouvrira le cycle de nos conférences, ouvertes à tous et variées, en exposant L'hôtel gothique nantais à 16 h 30 ; la revue annuelle sera présentée au public à partir de 17 h 30, en présence des auteurs. Sauf contre-indication sanitaire, un cocktail sera servi par la suite. Je vous espère nombreux pour ce moment de convivialité et, en attendant le plaisir de vous y retrouver, je souhaite à toutes et à tous un bel été.

Solen Peron-Bienvenu

 

1. Communiqué de la Présidence de la République en date du 9 juillet 2020 | Le Monde, édition du 9 juillet 2020, La Croix, édition du 10 juillet 2020, Libération, édition du 10 juillet 2020.

2. « Révolution de cathédrales », Avant-propos du Bulletin annuel de la SAHNLA, 2019.

3. Le Figaro, édition du 29 avril 2019.

4. BERCÉ, Françoise, Viollet-le-Duc, Paris, Éditions du Patrimoine, 2013.

5. Description de Notre-Dame, cathédrale de Paris, Éditions Parenthèses, coll. Eupalinos, Paris, 2019.

6. Voir le récent article de Bérénice Gaussin, « Viollet-le-Duc is back », Cahiers de la recherche architecturale et paysagère, 4 | 2019.

 

 

1er mai

 (1er mai 2020)

Depuis plusieurs semaines nous vivons une période inédite. Le moindre que l’on puisse dire est que le printemps de l’année 2020 est, à certains égards, une saison blanche : il n’est que de songer à la situation de l’économie culturelle, particulièrement atteinte par la fermeture des librairies et l’annulation des festivals, ou encore au report des congrès, en particulier celui du CTHS qui devait se tenir à Nantes au mois d'avril. Je songe à la situation difficile des élèves et des étudiants, ainsi qu' à leurs enseignants. Je songe aux personnes âgées, malades, isolées, séparées ou encore aux personnes en situation précaire.

Le cycle des conférences de la Société a été interrompu jusqu'au mois de juin inclusivement et nous ne pouvons réunir le conseil d'administration tant que le confinement est en vigueur. En ce week-end du 1er mai, je tiens à adresser un message de solidarité aux administrateurs et à l'ensemble des sociétaires pour les assurer que, malgré les contraintes vécues, la Société poursuit son œuvre et sa mission, celle de transmettre et d'échanger des idées, de tisser du lien, de contribuer à une meilleure connaissance du territoire.

Le Bulletin paraîtra dans les temps. Il rassemble plus de vingt contributeurs cette année, 175e anniversaire de la Société.

Les Tables des articles publiés dans le Bulletin de 2010 à 2019 (tome 145 à 154) vont être mises en ligne sur le site internet de la Société.

Le cycle 2020-2021 de nos conférences, dont l'organisation a été déléguée à Bernard Michon, est fixé. Il intègre deux des quatre conférences annulées ce printemps : histoire des femmes et du genre (« Les femmes, actrices économiques, l’exemple du Pays nantais aux XVIe et XVIIe siècles », par Nicole Dufournaud), histoire de la chanson (« Nantes dans l’histoire de la chanson française », par Alain Bergerat), histoire et mémoire des guerres civiles (« Guerre et paix en Vendée militaire », par Anne Rolland-Boulestreau), histoire de l’art (« Les hôtels gothiques nantais » par Lény Charrier, « Flèche ou dôme : formules alternatives à Nantes au XIXe siècle », par Alain Delaval, suivie de « La basilique Saint-Donatien de Nantes », par Stéphane Haugommard et Jacques Dabreteau).

Le centenaire de la naissance de René Guy Cadou et les 200 ans de la mort de Napoléon Ier feront l’objet de deux conférences à caractère biographique, la première par Joël Barreau (« Un instituteur en Loire-Inférieure, René Guy Cadou »), la seconde par Jean-François Caraës (« Le souvenir napoléonien à Nantes et en Loire-Atlantique »).

En attendant la reprise progressive de nos activités quotidiennes et de pouvoir réunir le prochain conseil d'administration, je veux souligner la mobilisation du comité de lecture et celle, plus particulièrement, d'Alain Gallicé et Stéphane Haugommard. Croyez-bien, chers sociétaires, en mon total investissement pour la Société en ce printemps.

Solen Peron-Bienvenu, 1er mai 2020

 

Les 51

(février 2020)

La Société archéologique de Nantes et de Loire-Atlantique fête ses 175 ans cette année. Je souhaite exprimer à quel point nous avons conscience d'être les dépositaires de l'héritage moral laissé par ses cinquante et un fondateurs (architectes, médecins, magistrats, négociants... ), en particulier l'architecte Théodore Nau, président de 1845 à 1862, proche d'Arcisse de Caumont. J'ajouterai quelques noms de sociétaires qui me sont devenus familiers au fil de mes recherches et de mes rencontres : Olivier de Wismes, Léon Maître, Charles Dugast-Matifeux, Charles Marionneau, Henri Driollet, Fortuné Parenteau...

Il y a, dans la lignée de ces érudits qui ont pensé en Hommes d'action et agit en Hommes de pensée, un fil conducteur : celui de l'amour des arts et du premier d'entre eux, l'architecture. Et un fondement, celui de la connaissance et de la sauvegarde de nos monuments, gravé dans le marbre des statuts de notre Société. Celle-ci, bien entendu, a évolué dans sa composition. Elle a tenu compte du renouvellement des méthodes d'investigation et des terrains d'exploration. À l'approche des élections municipales de ce printemps, je souhaite simplement souligner ici combien nous travaillons à ce que la Société se fasse entendre de mieux en mieux au cœur de la Cité.

Outre les conférences rappelées dans ce Bulletin de liaison, une visite des forges du pays de Châteaubriant aura lieu le 7 avril prochain. Nous nous retrouverons sur place à dix heures aux forges de Moisdon, avant un déjeuner. Puis, la journée se poursuivra avec la visite des forges de la Hunaudière. Le déplacement s'effectuera en co-voiturage. Les sociétaires trouveront ici le coupon d'inscription à cette excursion.

Du 22 au 24 avril 2020 se déroulera à Nantes le 145e congrès du Comité des travaux historiques et scientifiques autour du thème « Collecter, collectionner, conserver », dont le programme est accessible en ligne (voir infra dans ce Bulletin). J'espère que les membres de notre Société seront sensibles à ce programme extrêmement riche, qui prévoie en particulier une communication sur un membre de la Société archéologique de Nantes, Paul Thobie, collectionneur d'art ancien de la première moitié du XXe siècle, de surcroît conservateur du musée Dobrée.

Je souhaite également attirer l'attention sur le congrès du Centenaire de la Société d'histoire et d'archéologie de Bretagne qui se profile à Rennes, avec un programme très dense fixé du mardi 8 septembre (après-midi) au samedi 12 septembre 2020. Pendant quatre jours se succéderont aux Champs-Libres, à Rennes, les contributions de nombreux historiens de la Bretagne : les uns dresseront les bilans historiographiques de leurs domaines respectifs, les autres exposeront les champs de la recherche actuelle ; les domaines les plus diversifiés seront traités.

Ce tour d'horizon permettra d'avoir une vue d'ensemble des publications consacrées à la Bretagne depuis un siècle, mais également d'avoir un aperçu de l'engagement civique et du rôle que les sociétés savantes se sont fixé, certaines depuis la monarchie de Juillet. À cette fin, deux tables-rondes contribueront à nourrir les réflexions : l'une se penchera sur Le rôle des sociétés historiques dans la protection monumentale, l'autre posera la question Où en est l'histoire de la Bretagne ? Sont également programmés un concert et une excursion dans la cité rennaise. D'ores et déjà, les sociétaires qui souhaiteraient participer à ce congrès sont invités à réserver un hôtel, en raison de l'affluence attendue.

Une quatrième année de présidence commence, mission passionnante et exigeante, riche de contacts et d'échanges, non exempte de sacrifices, suscitant souvent des retours très positifs et, très rarement, des observations moins amènes : ayant eu la fortune d'être invectivée personnellement par un auteur éconduit qui, fort mécontent, me reprochait le niveau élevé du Bulletin annuel, j'ai pensé à part moi à tout le travail accompli bénévolement et sans compter, à la reconnaissance de nos partenaires institutionnels et des professionnels, ainsi qu'à ce que les étudiants et les auditeurs de nos conférences, toujours attentifs, veulent bien exprimer de leur satisfaction, si ce n'est parfois de leur émotion. C'est là la récompense de ceux qui font le choix de servir.

Solen Peron-Bienvenu, présidente


Révolution de cathédrales

(mai 2019)

Au soir du 15 avril 2019, nos regards se sont tournés, incrédules, sur l'immense brasier de Notre-Dame de Paris. L'image de la flèche d'Eugène Viollet-le-Duc engloutie, en particulier, a frappé les esprits. Deux courants se sont très vite formés quant à la restauration de l'édifice – car l'on ne saurait parler de reconstruction : l'un, conduit par l'architecte Jean Nouvel, plaide en faveur d'une restauration en application des principes fixés par la Charte de Venise en 1964, complétée par le document de Nara en 1994 ; l'autre, dans le sillage de son confrère Dominique Perrault, milite en faveur d'un geste de création. Audelà de l'émotion, il reste à dégager la portée historique de ce drame, en laissant le temps aux historiens, aux hommes de l'art et aux services patrimoniaux d'établir un diagnostic du sinistre et de mettre en oeuvre, sans précipitation, le chantier de cette restauration. En regardant Notre-Dame de Paris irisée par l'incendie, il m'est revenu le très beau texte de Georges Clemenceau, « Révolution de cathédrales », signé dans l'édition du 20 mai 1895 de La Justice, éloge des études de Claude Monet pour la cathédrale de Rouen : « C'en est fini de la toile immuable de mort. La pierre elle-même vit, on la sent mutante de la vie qui précède en la vie qui va suivre. Elle n'est plus immobilisée pour le spectateur. Elle passe. On la voit passer [...]. Tout ce qui m'importe, c'est que je vois surgir le monolithe dans son unité puissante, dans son autorité souveraine. » Clemenceau s'émerveille du prodige de ces cathédrales grises, blanches, iris ou bleues qui lui donnent « la durable vision [...] de cent, de mille, d'un milliard d'états de cathédrale de toujours dans le cycle immense des soleils ». N'est-ce pas cette vision démultipliée qui a surgi de cet incendie parisien ? Elle nous renvoie, bien entendu, à deux événements nantais : les incendies de la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Nantes et de la basilique Saint-Donatien, dite aussi des Enfants-Nantais, respectivement en 1972 et 2015. Sans pouvoir augurer de ce qui allait survenir à Paris, la Société avait prévu d'inscrire au prochain cycle de ses conférences, fixé cette fois-ci d'octobre 2019 à juin 2020, deux interventions qui ont trait à trois églises nantaises du XIXe siècle : le 19 mars 2020, Jacques Dabreteau et Stéphane Haugommard retraceront l'histoire de la basilique Saint-Donatien et évoqueront sa restauration en cours à l'appui de photographies de chantier ; le 30 avril suivant, Alain Delaval traitera de deux édifices fortement inscrits dans le paysage urbain, contemporains l'un de l'autre mais stylistiquement opposés, à savoir Saint-Nicolas et Notre-Dame de Bon-Port. En outre, l'histoire politique sera de retour, puisque Jean Guiffan interviendra le 21 novembre 2019 sur « La grande mutation du socialisme nantais (1965-1977) ». Quant à Georges Clemenceau évoqué ci-dessus, il fera l'objet d'une conférence prononcée par Jean Artarit le 18 janvier 2020, à la suite de l'assemblée générale de la Société. Mais avant d'entamer le prochain cycle, il revient à Gilles Bienvenu de clore le programme en cours avec la conférence qu'il consacrera, le 23 mai prochain, à « Henri Driollet (1805-1863), un artiste, architecte voyer en chef de la ville de Nantes ». À l'appui de nombreux plans et dessins inédits seront évoqués les divers registres des édifices qu'il a construits (notamment la fontaine de la place Royale), mais aussi ses projets non réalisés, ainsi que son intérêt pour la question urbaine, l'hygiénisme et le développement des espaces verts. Après un premier mandat très dense, il me reste à remercier les sociétaires de leur confiance, le bureau ayant été renouvelé pour deux années. Ce second mandat correspond à l'ouverture très attendue du chantier de restructuration et d'extension du Musée Dobrée. Obtenu lors de l'assemblée générale du 19 janvier et du conseil d'administration du 29 mars 2019, le résultat des votes renouvelant un tiers des administrateurs ainsi que la composition du bureau figure dans ce Bulletin de liaison. Consacré au thème de l'enseignement en Bretagne, le prochain congrès de la SHAB se tiendra à Vannes du 5 au 7 septembre 2019. Le 17 octobre suivant, dans les locaux des Archives départementales de Loire- Atlantique, seront présentés publiquement le Bulletin annuel de la Société, ainsi que les Mémoires 2018 de la SHAB (actes du congrès de Pornic). D'ici là, bel été à toutes et tous !

Solen Peron, présidente

 

Éditorial

(décembre 2018)
Deux années d'une première mandature, commencée au mois de mars 2017, seront bientôt passées. Elles ont été ponctuées par des conférences de la Société prononcées aux Archives départementales de Loire-Atlantique dont je salue, ici, le sens de l'accueil du directeur et de son équipe. La diversité du public montre bien qu'une société savante est un lieu de sociabilité ouvert. La spécificité de notre revue annuelle réside dans la large place qu'elle accorde au volet patrimonial et à l'actualité des services engagés avec conviction dans leurs domaines de compétence respectifs, à quelque structure qu'ils appartiennent. Si le Département y tient une place de choix, les « chroniques » sont ouvertes à l'ensemble des acteurs de ce secteur. L'histoire de l'art, l'archéologie et l'histoire de l'architecture ont trouvé, ainsi, une importance croissante – mais sans exclusive – dans nos livraisons et un écho auprès des professionnels du patrimoine. Plusieurs articles, publiés dans notre revue annuelle passée à la quadrichromie, témoignent d'avancées réelles et feront date. Je songe ici, pour ne citer qu'un exemple parmi d'autres, à l'article de synthèse consacré aux fortifications de Nantes dans la livraison 2018.
Cette satisfaction n'est, toutefois, pas complète : la destruction cet été d'une tour du XVe siècle à la Galissonnière, sur un terroir viticole au sud de Nantes, nous a rappelé qu'à côté des dispositions légales, ainsi que des servitudes réglementaires et administratives (lorsqu'elles existent...), la diffusion des connaissances rencontrait parfois des limites, ne pouvant obvier à une telle catastrophe. Cette situation, pour déconcertante qu'elle soit, fait que chacun doit se sentir concerné, parce que la culture est partagée. Aussi devons-nous continuer à questionner les faits, inlassablement, avec la juste distance qui sied à l'exercice de l'historien dont le rôle ne doit pas être confondu avec celui du décisionnaire.
C'est pourquoi il est temps, maintenant, de songer à un plus large accès aux connaissances par le biais de la numérisation de nos articles, ainsi qu'à l'élaboration d'une charte graphique aux fins de renforcer l'attrait de nos supports de communication. Les modalités de ces deux projets sont à définir et à mettre en œuvre pour les deux prochaines années.
Dans le cadre de l'assemblée générale du 19 janvier prochain, il sera procédé au renouvellement par tiers des membres du conseil d'administration, avant le renouvellement du bureau au printemps prochain. Je tiens à remercier celles et ceux des administrateurs qui siègent avec régularité à nos séances. Je remercie, aussi, ceux qui se sont longtemps engagés et ne sont plus en mesure de siéger aujourd'hui, soit pour cause d'éloignement géographique, soit pour des raisons de santé. C'est avec tristesse, en particulier, que la Société a appris le décès de son dévoué bibliothécaire et administrateur de longue date, Michel Roynard, qui nous a quittés au mois de novembre. Un hommage lui sera rendu dans le prochain Bulletin annuel.
Pour clore l'année 2018, nous accueillerons une conférence dont le sujet est original, puisqu'il s'agit de l'usine Kuhlmann, à Paimboeuf, dont le directeur a résisté à sa façon à l'occupant pendant la Seconde Guerre mondiale. La prochaine assemblée générale, quant à elle, sera suivie à 15 heures d'une conférence de Christian Davy consacrée à l'église Saint-Sulpice des Landes et ses peintures murales.
Un ouvrage singulier, Archisaccuplastikophilie, égaie cette fin d'année : tirant parti de sa collection de sacs en matière plastique figurant des architectures (dont six concernent Nantes), Eric Monin a proposé à ses collègues historiens de porter un regard décalé sur le langage de ces supports publicitaires, objets de consommation éphémère. Mais que l'on ne s'y trompe pas : les signatures - dont certaines nous sont familières - garantissent le contenu de ces propos !
À chacune et chacun, je souhaite une très belle année 2019.
Solen Peron, présidente


La Dame de cœur
(mai 2018)
Il n'aura échappé à personne que ce printemps 2018 a été marqué par le vol du précieux reliquaire d'Anne de Bretagne, heureusement retrouvé avec les autres objets volés nuitamment du 13 au 14 avril, au terme d'une enquête menée avec diligence en une semaine. La crainte de la perte définitive du reliquaire, sans doute voué à la fonte, nous a maintenus dans un état d'incertitude et d'inquiétude et la Société a partagé avec le conseil départemental, auquel elle a témoigné son soutien, un grand soulagement lorsque le reliquaire a été exhumé de la terre dans laquelle il avait été enfoui près de Saint-Nazaire. Ce vol, commis par des mains indignes et des âmes à tout le moins inconscientes de la dimension de cet objet insigne et de la portée de leur geste, restera dans les annales. Il reste maintenant à élucider les circonstances de cette affaire qui constitue un épisode supplémentaire de l'histoire déjà mouvementée de ce reliquaire, pièce hautement symbolique de l'histoire régionale et nationale (voire au-delà...), objet emblématique du musée départemental auquel la Société est historiquement attachée. C'est, en effet, en 1886 que le reliquaire d'Anne de Bretagne a intégré les collections du musée archéologique, lui-même fondé en 1849 puis donné par la Société au Département en 1860.
La dimension sacrée de l'objet a laissé place à « l'objet historique d'État » avec la Révolution, puis à l’œuvre d'art, ou objet de musée, comme l'a montré l'article de Jean-François Caraës publié dans la livraison 2007 du Bulletin annuel de la Société, dont la relecture est salutaire. Il convient d'ajouter que, quoiqu'il ne soit pas un objet juridiquement protégé au titre des monuments historiques, le reliquaire est un monument au sens étymologique du terme : associé à un tombeau – celui de François II et de Marguerite de Foix –, il perpétue le souvenir d'Anne de Bretagne et, tant que tel, constitue un document-témoin du pouvoir ducal, auquel s'ajoute la dimension sacrée de la royauté. Or, les regalia, ou insignes royaux, font partie des monuments décrits au début du XVIIIe siècle, avant que le terme ne recouvre une réalité architecturale.
C'est pourquoi la Société a souhaité ouvrir le cycle 2018-2019 de ses conférences avec la somme de Jacques Santrot, Les doubles funérailles d'Anne de Bretagne, parue aux éditions Droz en 2017 et primée par l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres de l'Institut de France. Le 18 octobre prochain, la Société aura l'occasion d'adresser ses félicitations à l'auteur et d'écouter la conférence qu'il prononcera, intitulée cette fois : « Les triples funérailles d'Anne de Bretagne ».
Le cycle 2018-2019 des conférences de la Société fera ensuite la part belle aux auteurs ; ce seront autant d'occasions de découvrir leurs ouvrages et de bénéficier de séances de dédicaces. Il me semble intéressant, en effet, de permettre aux publics – j'emploie le terme au pluriel à dessein – d'avoir accès à l'actualité historiographique et de susciter un échange privilégié avec les auteurs. L'histoire de l'art sera un axe fort, mais sans exclusive : les biographies et thématiques abordées assureront la variété des propos, ainsi qu'en atteste le programme ci-joint.
Il me reste à préciser que la conférence du 17 mai prochain, avant l'été, sera consacrée à la brasserie La Cigale, foyer bien connu de la vie artistique et culturelle nantaise. Elle sera prononcée par Lucie Voisin, en lieu et place de celle de Bernard Michon, reportée au mois de novembre 2018.
La livraison 2018 du Bulletin, quant à elle, sera présentée aux Archives départementales le 20 septembre, après le congrès de Pornic (6-8 septembre) qui s'annonce sous les meilleurs auspices. Son programme, très riche, comprend deux volets : Pornic et le pays de Retz, d'une part ; Littoral et transformations paysagères, d'autre part. D'ici là, bel été à toutes et à tous !
Solen Peron, présidente


Son « cœur » volé et retrouvé : Anne de Bretagne à nouveau parmi nous
 (avril 2018)
 Après une semaine d'inquiétude, au terme d'une enquête menée avec diligence, nous avons assisté à l'heureux dénouement de l'affaire : le retour du précieux reliquaire du cœur d'Anne de Bretagne et des autres objets volés, que la presse nous dits être préservés dans leur intégrité.
La société archéologique et historique de Nantes et de Loire-Atlantique partage avec le conseil départemental un grand soulagement.
 La crainte de la perte définitive du reliquaire sans doute voué à la fonte, à laquelle s'ajoutaient les conjectures nous maintenaient en effet, depuis huit jours, dans un climat d'inquiétude.
Ce vol exceptionnel restera dans les annales. L'apaisement sera complet lorsque sera connu l'épilogue de cette affaire qui constitue un épisode supplémentaire de l'histoire déjà mouvementée de ce reliquaire, pièce hautement symbolique de l'histoire à l'échelle du duché breton et du royaume de France, objet emblématique du musée départemental auquel la Société est historiquement attachée.
 Cette affaire a pu renouveler l'attachement de tous à cet objet de mémoire qui nous est si familier et que nous espérons pouvoir contempler à nouveau.
Jean-François Caraës, « Un cœur pour mémoire... courte - petite histoire du reliquaire du cœur d'Anne de Bretagne », Bulletin de la Société archéologique et historique de Nantes et de Loire-Atlantique, t. 142, 2007, p. 115-122.  Lire [3]
Depuis la parution de cet article, le statut juridique du reliquaire a été tranché : il est désormais entré définitivement dans les collections du musée Dobrée comme dépôt antérieur à 1910.
Département de Loire-Atlantique, Musée Dobrée, Le cœur d'Anne de Bretagne, SilvanaEditoriale, 2014.
Jacques Santrot, Les doubles funérailles d'Anne de Bretagne, le corps et le cœur, Genève, Droz, 2017. Prix des Antiquités de la France 2018 (Académie des Inscriptions et Belles-Lettres de l’Institut de France).

Documents et éditoriaux passés :

Archéologie urbaine (mai 2011) [13]

Nantes réconciliée avec l'archéologie ? (septembre 2009) [17]

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